L’Alcazar de Séville [Promenade rédigée]

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Robe blanche et faïence

Je me suis attelée à la rédaction d’un bulletin sur l’Alcazar de Séville. (Concernant les photographies, je n’avais que mon téléphone portable durant ce voyage, elles seront donc de moins bonne qualité que les précédentes et j’en suis la première navrée.)  En juin dernier, j’ai eu la chance de visiter Séville avec Monsieur durant notre voyage en Andalousie. C’est une ville superbe et j’avais surtout hâte de visiter l’Alcazar et la cathédrale. Même si vous n’êtes pas féru d’histoire de l’art, je suis sûre que les lieux vous paraissent familiers… Cliquez ici

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Ceux qui ont vu Game Of Thrones se souviennent des Martell résidant à Dorne et de leurs jardins aquatiques. Mais les autres ne seront pas en reste, puisque l’Alcazar  de Séville a servi de lieu de tournage pour de nombreux films : Lawrence d’ArabieChristophe Colomb, – dont le tombeau se situe dans la cathédrale de Séville – ou encore Kingdom of Heaven , pour citer les plus connus d’entre eux.

Il s’agit d’un ensemble d’édifices palatiaux et de jardins, miroir de plusieurs siècles d’occupation, de reconquêtes et de fusions des styles. De larges jardins cernent cet ensemble monumental clôt par des murailles. L’Alcazar est inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1987, tout comme la cathédrale et les Archives Générales des Indes : l’ensemble incarne le reflet de l’Age d’Or espagnol.

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Les fouilles archéologiques attestent que l’emplacement du palais était occupé depuis le premier siècle avant J.-C. auxquelles succèdent plusieurs phases d’occupation. Au cours du VIIIe siècle a lieu la conquête des Omeyyades qui vont léguer à Séville une empreinte architecturale. Le premier palais à proprement dit aurait été bâti en 913 par Abd Al-Rahman III, mais c’est surtout à partir du XIIe siècle que les lieux seront modifiés, agrandis et embellis. Au cours de ce siècle, les Almohades règnent sur la ville et vont bâtir des fortifications, le palais laisse toujours voir leur présence artistique. Ces monarques vont également planter des orangers et des citronniers. Durant le XIIIe siècle, la région passe sous la domination chrétienne, et Pierre Ier de Castille va édifier son palais au sein du lieu au XIVe siècle. Par la suite, Charles Quint aménagera également des espaces richement ornés et choisira ce lieu pour son mariage avec la jeune Isabelle de Portugal. 

On connaît surtout ce complexe monumental au travers du style mudejar. Le terme mudéjar viendrait de l’arabe mudayyan qui désigne le musulman à qui l’on autorisait de résider en territoire chrétien à condition de payer un impôt. José Amador de los Rios est l’inventeur du terme pris dans son acception stylistique et le désigne comme un style architectural « qui fleurit du XIIIe au XVIe , caractérisé par la conservation d’éléments de l’art chrétien et l’emploi de l’ornementation arabe». Le centre national de ressources textuelles et lexicales mentionne la définition suivante : «Qui appartient, est relatif au style qui s’est développé en Espagne après la Reconquête et qui se caractérise par une nette influence de l’art islamique qu’il assimile.»
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Il s’agit donc d’un style propre à la péninsule ibérique, qui présente une fusion entre la tradition chrétienne et l’art musulman restés après la reconquête chrétienne. Cette fusion offre un art singulier, raffiné, qui présente des fleurs, des entrelacs et des motifs relatifs à l’esthétique islamique. En terme de matériaux, la brique, le plâtre, la céramique et le bois dominent. L’Alcazar de Séville est un lieu phare où se déploie ce style, voyez les deux lieux qui m’ont le plus marqué : la salle dite des Ambassadeurs et la cour des Demoiselles.

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Une des entrées du Salon des Ambassadeurs, cadrage très moyen…

   Le Salon des Ambassadeurs est réputée pour être la salle la plus impressionnante, elle présente un décor dont la datation s’échelonne sur plusieurs siècles et avait logiquement pour fonction d’accueillir les hôtes importants lors de réceptions. De plan carré, elle communique par trois arcs outrepassés (comme sur la photo ci-dessus) des colonnes ou des larges arcs en plein cintre aux salles attenantes. De très nombreux carreaux de faïence décorés (appelés azujelos) ornent les murs, surmontés par des balcons plus tardifs, datés du XVIe siècle. Au-dessus, une frise de portraits de souverains espagnols fait la jonction entre les murs de la salle et l’impressionnante coupole qui domine le salon ; ils ont été commandés par Philippe III d’Espagne. Des femmes surmontent la frise des illustres et laissent voir les allégories et les attributs de chacun de ces souverains. 

La grande coupole est en bois sculpté, elle fut réalisée en 1427 par Diego Ruiz et agrémentée de miroirs au XIXe siècle. Une partie de sa décoration est en muqarnas : il s’agit d’un système ornemental typique de l’architecture islamique qui ornent les arcs ou l’intrados des coupoles. Les motifs forment des subdivisions, des jeux géométriques  qui forment une structure qui rappelle les nids d’abeille, connue également sous le nom de «voûte en nid d’abeille». (Cet endroit était de loin le plus fréquenté du palais, on ne sait plus où poser l’œil tant l’ornementation est présente. Les gens se prenaient en photos absolument partout, tout est décor et pensé pour être beau.)  

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La coupole en bois doré 

Ci-dessous, la cour des Demoiselles, attenante au Salon précédemment aperçu, est un patio qui servait d’espace de réception et de promenade. Cette cour est bordée de quatre galeries à deux étages entourant un bassin et deux allées décorées de petits arbustes. L’étage inférieur présente un ensemble d’arc polylobés, caractéristiques du style mudejar.

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Outre l’architecture très spécifique, les jardins s’étendent sur sept hectares et sont un ravissement pour les sens. Prévoyez deux ou trois heures de ballade parmi les orangers, les fontaines, les bassins, et si vous avez de la chance, une famille de paon peu farouche fera un bout de chemin en votre compagnie. 

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De nombreux peintres et dessinateurs exercent leur art, dispersés dans les allées. A noter, tout l’Alcazar n’est pas accessible à la visite : une partie du complexe est toujours utilisée comme appartement du roi d’Espagne lors de ses venues à Séville. J’ai lu sur place qu’il s’agissait du plus vieux palais encore utilisé en Europe à cet effet. C’est depuis 1931 que le gouvernement a cédé le palais et ses jardins à la ville.

Et puisque l’on parle de visite : si vous y allez, réservez votre billet à l’avance…vous éviterez une heure d’attente (au moins) à l’extérieur. J’espère que ce bulletin vous aura donné envie de visiter le lieu ! On se donne rendez-vous samedi prochain pour un nouveau bulletin ! En attendant n’hésitez pas à commenter, je serai ravie de vous lire. 

 Bibliographie et webographie :

– ARAGUAS Philippe, « Architecture de brique et architecture mudejar » dans : Mélanges de la Casa de Velazquez, tome 23, 1987, pp.173-200
– CAHEN Ava, Game of Thrones décodé: Tout ce que vous devez savoir sur la série culte, Éditions du Rocher, 2019
– DELAUNAY Cédric, Games Of Thrones : de l’Histoire à la série, pp.33-39

Brève description du lieu

Andalousie, culture / histoire

Lawrence d’Arabie et l’Alcazar de Séville

Notice UNESCO

Discover islamic art

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